Le blog de Roger Cukierman

Mon discours d’Adieu au CRIF…AG du 29 mai 2016

Chers Amis,

Certains m’avaient suggéré de me représenter à vos suffrages pour effectuer un  4° mandat. J’ai refusé pour plusieurs raisons toutes excellentes :

Mon âge car contrairement aux apparences, qui je le reconnais volontiers sont trompeuses,  il est bien avancé, mon âge.

J’avais annoncé en 2013 que je ne ferai qu’un seul mandat et j’ai l’habitude de toujours tenir mes engagements.

Mon premier mandat en 2001 a été marqué par le début de la vague d’actes antisémites. Le 2° a été marqué par l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006. Le 3° mandat a été marqué par les quatre morts de l’attentat contre l’Hypercasher. Le devoir de précaution impliquait d’éviter un 4° mandat!

Enfin, je ne voulais pas empêcher tous ceux qui critiquaient ma gestion, et me donnaient des leçons, de présenter leur candidature. Ils étaient nombreux à se  profiler. Ils ont été tout aussi nombreux  à se défiler.

Il est vrai que, pour vouloir être président du Crif, il faut aimer vraiment servir la communauté. Certains diront même qu’il faut une bonne dose de masochisme.

Le job n’est pas rémunéré. C’est du plein temps. Quoi que vous fassiez vous serez critiqué par les Juifs, soit parce que vous en faites trop, soit parce que vous n’en faites pas assez.

De plus, vous serez haï par nos adversaires au point de devoir être sous sévère et constante protection policière.

Donc le candidat qui se présente aujourd’hui à vos suffrages mérite le plus grand respect car il sait tout cela.

C’est la dernière fois que je m’adresse à cette assemblée en tant que président du CRIF, au terme de trois années qui furent intenses. Je le fais avec émotion, une émotion bien légitime quand on quitte des amis. Nous avons mené ensemble des combats, dans une période difficile, et pour un ensemble de causes nobles.

Je souhaite évoquer le travail de mes prédécesseurs : Alain de Rothschild, Ady Steg, Théo Klein, Jean Kahn, Henri Hajdenberg, et Richard Prasquier. Chacun à sa manière a contribué à faire du CRIF une organisation respectée et respectable.

Je me dois aussi de citer des hommes qui ont joué un grand rôle dans mon engagement juif : mon père Max Cukierman. Il m’a inculqué les valeurs morales du judaïsme. Mais trop souvent on ne sait pas exprimer, à temps,  à ses parents, la gratitude qu’on ressent. C’est sans doute à cause de ce regret que mon frère et moi avons créé à sa mémoire le prix Max Cukierman pour la défense de la langue Yddisch.

Je veux aussi citer Edmond de Rothschild dont l’engagement juif et pour Israël ne connaissait pas de limite et qui m’a fait une totale confiance. Je veux aussi évoquer la mémoire de Claude Kelman et Pierrot Kaufman qui pendant des années m’ont poussé à m’engager dans les combats communautaires.

Ces trois dernières années furent intenses.  Je veux remercier tous ceux qui m’ont aidé, et tout d’abord le staff :

Robert Ejnes, le si précieux directeur exécutif, et par ordre alphabétique : Anaïs, Avishaï, Charles, Emilie, Eve, Johanna, Laura, Marc, Marie-Do, Sandrine, Sarah, Sophie, Stéphanie, Valérie, Véronique, Yoar

Je souhaite rendre hommage aussi à mon conseiller Paul Rechter, à Judith Cohen Solal et Joël Amar dont j’ai apprécié les conseils judicieux.

Bravo à nos délégués régionaux qui font rayonner le CRIF dans tout l’hexagone et même en Guadeloupe, aux membres du bureau exécutif, qui au rythme d’une réunion par semaine m’ont éclairé de leurs conseils, de leurs orientations,  de leurs recommandations et parfois de leurs …contradictions.

Merci aussi aux  membres du Comité directeur qui se sont associés à notre action par leur participation active aux réunions mensuelles et leur engagement dans les commissions de travail qui démultiplient l’action du CRIF dans tant de domaines !

Merci aux membres de l’assemblée générale, et  aux personnalités  cooptées que j’avais sollicitées pour la durée de mon mandat soit à l’assemblée soit au comité directeur. Ils ont eu ainsi l’occasion de participer plus amplement à la vie communautaire. J’espère qu’ils n’ont pas été déçus.

Peut-être ont-ils même désormais envie de s’engager plus avant dans les joutes intra- communautaires si animées.

Merci aussi aux trois vice-présidents, Yonathan Arfi, Gil Taëb, et Gérard Unger, et au Vice- président d’honneur Roger Benarrosch. Ils prennent leur rôle au sérieux et je les remercie pour leur travail et leur contribution à la bonne marche du Crif.

Un mot spécial, bien sûr, pour Francis Kalifat qui en tant que vice-président et trésorier, s’est révélé un véritable ange gardien, toujours disponible, toujours efficace, toujours compétent.  Je sais qu’il sera un président solide, courageux, capable de faire face aux situations les plus difficiles. J’en suis heureux pour lui et pour le CRIF. Il a un jugement très sûr, et m’a souvent protégé de mes propres  emballements. Je ne lui connais pas d’ennemi car il est fin diplomate. Il est respectable et respecté de tous, ce qui peut expliquer que personne ne se soit présenté contre lui.

Côté réalisations, pendant ces trois dernières années, sous l’impulsion, l’efficacité  et l’autorité du directeur exécutif Robert Ejnes, nous avons organisé nombre d’événements.

Au premier rang, figurent les dîners du CRIF qui d’année en année sont des événements incontournables de la vie politique de notre pays.

Il y a eu aussi de belles conventions, des colloques, et des manifestations.

Nous avons aussi fait entendre la voix des Français juifs sur la scène internationale en participant avec Yonathan Arfi et Eve aux réunions des instances juives: Congrès juif européen, Congrès juif mondial, Anti defamation league, American jewish Committee, Aipac, Claims.

Autre volet de l’action du CRIF : la communication et les relations avec la presse où grâce à Laura,  à laquelle personne ne résiste, nous avons fait des progrès impressionnants auprès de tous les médias. Les voyages de journalistes en Israël y ont bien contribué.

Nous avons aussi emmené en Israël et en Pologne des classes entières  d’élèves journalistes. Merci à Stéphanie, solide pilier du Crif,  qui a en outre également animé avec talent plusieurs des commissions du Crif.

Nous avons construit en un temps record une présence active et impressionnante sur internet. Merci à Anaïs et sa jeune et dynamique équipe digitale. Merci à Sandrine pour la newsletter. Merci à Emilie qui dirige le secrétariat avec efficacité.

Notre entrisme dans le monde intellectuel a été incroyablement efficace avec le Think tank et les Etudes du Crif. Merci à Marc dont je persiste à admirer sa prolixité d’écrivain qui n’a d’égale que la force de son engagement contre l’antisémitisme sur internet ou sur d’autres champs de bataille.

La relance de l’Association des Amis du CRIF s’inscrit dans cette volonté de présence sur le terrain, de lien direct avec le public juif ou non juif. Le succès a dépassé nos espérances. Nous avons en deux ans réussi à créer un groupe de 2.300 amis du Crif qui ne cesse de croître. La plupart des grands noms de la politique française et nombre d’écrivains ont accepté d’être les invités de nos conférences –débats animées par d’éminents journalistes. Merci à Véronique dont le dynamisme et l’enthousiasme ont incontestablement permis ce développement et qui est en train d’enrichir un album de photos qui fera pâlir d’envie toutes ses copines.

La considération positive ou négative ( je pense à Mélenchon) qui nous est manifestée aujourd’hui dans les milieux politiques et dans la société française en général est à la mesure de la force d’expression de nos convictions. J’ai même eu la surprise d’entendre au cours du récent voyage de Manuel Valls des dirigeants palestiniens faire appel à l’influence du CRIF pour les aider à faire passer leurs messages, alors que les médias français reprochent au CRIF d’être le porte- parole de Bibi Natanyahu.

Oui la voix du CRIF est entendue et respectée dans tous les milieux. Je pourrais vous dire que je suis fier du travail accompli. Et après tout je le dis. Oui, je suis fier du travail accompli.

En revanche, je suis obligé de reconnaître que j’ai échoué dans ce qui me paraissait une mission essentielle, celle d’élargir, d’ouvrir, d’unifier la communauté. Malgré de vrais efforts de ma part pour obtenir que le Consistoire qui fut parmi les fondateurs du CRIF revienne au bercail, je me suis heurté à un mur. Pourtant l’intérêt profond, évident  de la communauté juive est  d’avoir une parole unifiée face aux terribles dangers auxquels nous sommes confrontés et face à un environnement politique instable.

Ne nous leurrons pas ! Le pouvoir politique, quel qu’il soit, jouera sur nos divisions. Ceux qui refusent le retour du Consistoire au sein du CRIF portent une lourde responsabilité.

Et ce n’est pas tout. Alors que nous recevons des lauriers des organisations juives du monde entier, je n’ai pas pu non plus empêcher certains qui se veulent des parangons de vertu juive de s’exprimer de manière négative à l’égard du Crif, notamment sur internet,  alors que rien, je dis bien rien,  ne nous sépare sur les objectifs communs essentiels que sont la lutte contre l’antisémitisme et le soutien à Israël.

Alors que les attaques, si violentes soient-elles,  de nos adversaires antisémites et antisionistes me  laissent de marbre, j’avoue que je vis mal les attaques qui viennent des Juifs.

J’espère sincèrement que Francis réussira là où j’ai échoué. Il a des talents de diplomate supérieurs aux miens.

Je suis sûr qu’avec Francis Kalifat  la voix du CRIF restera une voix forte, entendue et respectée car il est un homme de conviction, de dialogue et de courage. Et je lui souhaite Bonne Chance, Mazal Tov ! Ba atslakha !

Je vous remercie de m’avoir permis de servir le peuple juif. 

Je suis fier d’avoir eu cet honneur.

Et comme le dit l’illustre marchand de voitures Meyer Fitoussi : Jé Vous Aime !

Am Israël Haï !

Retrouvez mon interview sur RTL par Marc Olivier Fogiel sur la libération d’Hassan Diab

Hassan Diab, le principal suspect de l’attentat perpétré contre la synagogue de la rue Copernic le 3 octobre 1980 à Paris est sorti de prison ce mardi 17 mai. L’homme, qui a toujours clamé son innocence, est assigné à résidence. Ce jour-là, quatre personnes avaient été tuées, une quarantaine d’autres blessées. Cette libération intervient à la suite du témoignage de l’ex-épouse d’Hassan Diab qui a affirmé qu’il était avec elle à Beyrouth au moment de l’attentat.

Pour Roger Cukierman, président du Crif, « c’est inouï ». « Cette arrestation qui est intervenue 34 ans après les faits montrait la détermination de la France à lutter contre le terrorisme. Or, voilà que l’on met cet homme en liberté à la suite d’une déposition de son ex-femme, qui se souvient brusquement qu’elle était avec son mari jusque-là. Que le juge se soit laissé impressionné par cet alibi qui tombe du ciel est inouï. On peut interpréter cette attitude que comme du laxisme à l’égard du terrorisme. (…) C’est une insulte à la justice. »

Patricia Barbé a perdu son père dans l’attentat de la rue Copernic. Il a été tué sur le coup dans sa voiture. Elle a appris la nouvelle de la libération du suspect présumé par son avocat. C’est, pour elle, « une grosse mauvaise surprise. On a eu 30 ans de silence, quatre ans d’espoir et deux ans de voir peut-être la possibilité d’un procès qui aujourd’hui tombe à l’eau. C’est hyper révoltant, irresponsable à notre époque où l’on vit un terrorisme très très fort. Visiblement, le terrorisme a de beau jour devant lui. On remet des suspects en liberté. (…) On est un peu écœurés de voir que toutes les investigations qui avaient été menées par l’ex juge Trévidic sont défaites en quelques mois. » Le Parquet a fait appel. Patricia Barbé espère que la justice revienne sur cette décision. « Que ce Monsieur reparte en prison et qu’on puisse voir un jour le procès commencer. »

Source : http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/attentat-de-la-rue-copernic-la-liberation-d-hassan-diab-est-une-insulte-a-la-justice-7783270800

Mon interview sur RCJ (02/05/2016)

Lors de mon interview sur RCJ, j’ai pu commenter le rapport de la CNCDH.

Parmi les sujets évoqués, j’ai notamment affirmé que « L’évolution de l’attitude de l’éducation nationale vis à vis des juifs est complètement à revoir ».

Retrouvez mon interview d’hier sur Radio J suite aux attentats à Bruxelles

« On doit comprendre que ça va continuer… »

J’étais l’invité de Michel Zerbib hier, à l’antenne de Radio J afin d’exprimer toute ma solidarité au peuple belge suites aux dramatiques attentats qui ont eu lieu.

A cette occasion, j’ai dit et je maintiens qu’il faut à la fois prévenir et sévir…

Vous pouvez écouter mon interview ci-dessous.

Retrouvez l’article de l’Arche concernant le dîner 2016, ainsi que mon discours.

Roger Cukierman au Dîner du CRIF : « La France a toujours trouvé les ressources pour surmonter les pires épreuves »

A l’occasion, hier soir, du 31ème dîner du CRIF, Roger Cukierman a prononcé son dernier discours en tant que président de l’institution devant un parterre, notamment, de personnalités politiques du gouvernement et de l’opposition.

En effet, plusieurs ministres, dont le premier, Manuel Valls, remplaçant à la tribune le président de la République (retenu à Bruxelles dans le cadre du sommet de l’Union européenne et de la Turquie sur la crise dite des migrants et des réfugiés), Najat Vallaud-Belkacem, Bernard Cazeneuve ou encore, Jean-Yves Le Drian, Jean-Jacques Urvoas, Jean-Vincent Placé, mais aussi de nombreuses figures des Républicains, François Fillon, Alain Juppé, NKM ou encore Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy avaient répondu présent à son invitation. Pour cette dernière tribune, Roger Cukierman a revisité avec gravité mais aussi beaucoup d’humanisme, l’année écoulée, marquée par le terrorisme, l’inquiétude des Juifs de France, la progression du Front national, et la dangereuse prégnance de l’antisionisme dans certains milieux. Mais c’est également en livrant quelques reflexions sur l’histoire personnelle de sa famille qu’il a pu toutefois transmettre l’espoir et la confiance en un “avenir collectif en tant que nation”.

Pour cette dernière tribune, Roger Cukierman a revisité avec gravité mais aussi beaucoup d’humanisme, l’année écoulée, marquée par le terrorisme, l’inquiétude des Juifs de France, la progression du Front national, et la dangereuse prégnance de l’antisionisme dans certains milieux.

Mais c’est également en livrant quelques réflexions sur l’histoire personnelle de sa famille qu’il a pu toutefois transmettre l’espoir et la confiance en un “avenir collectif en tant que nation”.

Voici, ci-dessous, l’intégralité du discours, partagé aussi ce lundi 7 mars 2016, avec de nombreuses associations et acteurs de la société civile, juive et non juive.

 

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame et Messieurs les Anciens Premiers Ministres,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Représentants des cultes,

Mesdames et Messieurs,

Pour que notre échange de ce soir ne soit pas empreint seulement de gravité, permettez- moi d’évoquer ce visiteur d’un zoo qui voit dans la même cage un spectacle biblique : un loup et un agneau ensemble ! Le visiteur étonné demande au gardien : c’est miraculeux, comment faites–vous ? Oh c’est simple, tous les matins, on change l’agneau !

Dans la vraie vie, l’être humain est à la fois loup et agneau et on ne peut pas diviser le monde entre gentils et méchants.  Chacun défend les valeurs auxquelles il croit. Mais défendre une idée ne doit pas autoriser à l’imposer de force à autrui !

L’an dernier, en ce même lieu, nous rappelions avec une profonde tristesse la mémoire des victimes de janvier 2015, caricaturistes, policiers et Juifs, assassinés pour ce qu’ils étaient. Une violence ciblée, une violence impitoyable, une violence inimaginable.

La réaction du peuple français le 11 janvier fut impressionnante d’émotion, de grandeur.

Mais notre pays n’avait sans doute pas complètement compris ou admis qu’il était entré en guerre, une guerre qui lui est imposée, une guerre  qui mise sur la terreur pour obtenir cet horrible concept de la soumission.

Les Juifs sont  souvent les premières victimes de la barbarie, mais ils ne sont jamais les seuls.  Frantz Fanon l’exprimait en ces termes : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, tendez l’oreille : on parle de vous. »

Et ce fut le 13 novembre. Cette fois, tous les Français étaient visés, sans exception.

Et nous devons à nouveau pleurer, pleurer  130 morts et tant de blessés, jeunes pour la plupart, victimes des mêmes fous d’Allah !

 Le 13 novembre fut un crime de masse contre la jeunesse, contre la culture, contre la liberté, un crime de masse contre la France.

Après ce 13 novembre notre pays a compris. Par votre voix, Monsieur le Président, la France a nommé l’ennemi : le terrorisme islamiste.

Chacun sait que nous vivons désormais sous la menace de nouveaux attentats. Chacun comprend que ce qui est en jeu, c’est notre mode de vie, notre culture, notre vision du monde.

Au nazisme et autres génocides du XX° siècle, succède au XXI° siècle l’horreur djihadiste et ses décapitations.

La France n’est pas le seul pays frappé par cette barbarie. Ce sont les mêmes terroristes, qui au nom d’Allah, ont frappé au Bataclan et aux terrasses des cafés à Paris et à Tel Aviv, ce sont les mêmes terroristes qui, au nom d’Allah, ont frappé sur tous les continents : d’Ankara à Bombay, de Copenhague à  Djakarta, de  Mombassa à  Tunis, de San Bernardino à Tombouctou ou Ouagadougou !

Ils  tuent, détruisent, ravagent des pays, sèment la ruine et le malheur. Ils violent, lapident, décapitent. Ils attaquent au couteau, à la Kalachnikov ou à la voiture-bélier.

Et leurs premières victimes, en nombre, sont  des Musulmans. Pas un jour sans attentat, pas un jour sans de nouvelles victimes !

Cet ennemi n’accepte aucune autre vision de l’Islam que la sienne, et a fortiori aucune autre religion.

Cet ennemi déteste notre modernité, notre musique, notre façon d’être. Il ne supporte pas l’égalité entre hommes et femmes, la liberté d’être athée, ou pas, celle de changer de religion ou, plus simplement, la liberté de boire, de rire et de flirter à la terrasse d’un café.

Cet ennemi sanctifie la mort. Il méprise la vie.

Sa propagande, et sa maîtrise de l’internet sont redoutables.

En quelques semaines, il  parvient, via internet, à embrigader de jeunes Musulmans, voire de jeunes Chrétiens, ou Juifs, garçons, ou filles, en quête de spiritualité autant que d’émotions fortes. Ils trouvent dans le djihad une réponse à leur mal-être.

 Ici, nous, Français juifs, avons longtemps été seuls, aux avant-postes.

Monsieur le Président, vous connaissez notre situation et vos discours sont chaleureux, amicaux. Nous vous sommes reconnaissants de vos paroles et aussi de vos actes. Au-delà de votre personne, la puissance publique s’est mobilisée, en cette période difficile, de façon remarquable.

Les gouvernements précédents étaient dans les mêmes dispositions : La France a l’une des législations les plus protectrices contre l’antisémitisme, contre le négationnisme et contre le boycott.

Des policiers, des gendarmes, des soldats protègent nos synagogues et nos écoles. Je veux, ce soir, leur exprimer notre très profonde gratitude.

Pour autant, notre situation n’est guère enviable.

Depuis quinze ans, nous sommes les victimes de 500 à 1.000 actes antisémites chaque année, soit la moitié de tous les actes xénophobes commis en France alors que nous représentons moins de 1% de la population.

Et certains de ces actes étaient des meurtres : Ilan Halimi, dix ans déjà, et à l’époque pas un appel, même anonyme, à la police d’aucun des trente membres du gang.

Autres victimes,  le fils et les petits enfants Sandler et Monsonego de Toulouse, souvenez- vous, à bout portant.

Et Yohav, Yohan, Philippe, et François-Michel à l’Hyper Cacher !

Ne pas oublier, combattre l’indifférence, la banalisation, c’est aussi notre devoir !

Je ne crains pas de répéter des propos déjà tenus : aujourd’hui, nous, Français juifs, sommes en danger quand nous portons la kippa dans le métro ou dans certains quartiers.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas envoyer nos enfants dans de nombreuses  écoles de la République. Nos enfants y sont insultés ou battus.

Aujourd’hui, seulement un tiers des enfants juifs sont scolarisés dans le secteur public.

Pendant trop longtemps, l’école de la République n’a  pas pris la mesure de ses territoires perdus. Pendant trop longtemps on n’a pas  nommé les choses.

Monsieur le Premier ministre,  quand verrons-nous des propositions révolutionnaires pour que l’école publique redevienne l’école de la République ?

Nous vivons une vie retranchée. Nous avons le sentiment angoissant d’être devenus des citoyens de deuxième zone.  Cet ostracisme isole et traumatise.  Mais est-ce la faute des Français juifs si ce communautarisme progresse ?

Cette angoisse, je ne suis pas seul à la ressentir. Chaque année, plusieurs milliers de Français juifs quittent leurs racines, leurs parents, leurs amis, leur travail, leur culture et leur histoire.

Quelle tristesse pour eux ! Quelle tristesse pour la France !

Monsieur le Premier ministre, dans le pays qui a accordé la pleine citoyenneté aux Juifs dès 1791, quand pourrons-nous, à nouveau, vivre sans crainte notre judéité ?

Les attentats et les actes antisémites nous disent quelque chose sur l’état de la France : notre société est en souffrance. Le statut des Juifs est un indicateur de l’état des pathologies sociales.

Notre société est en souffrance, elle qui a permis que des citoyens français, nés en France, éduqués dans les écoles de la République soient les auteurs d’attentats et de tant d’actes antisémites. Quel échec pour les gouvernements qui dirigent notre pays depuis des décennies et qui ont laissé se développer la haine d’autrui !

Les maux qui  rongent notre société sont connus. Il y a, bien sûr, les problèmes économiques. Mais ce n’est pas tout. Notre société doute d’elle-même. Elle rejette ses élites, elle critique l’Europe. Elle est en quête de repères identitaires, religieux, moraux.

Et sur internet c’est pire encore, avec des messages haineux en hausse exponentielle.

Monsieur le Président, des règles nouvelles doivent être imposées à Facebook, Twitter et Google pour freiner cette évolution. L’état d’urgence doit aussi s’appliquer sur internet !

Ainsi, Pharos l’institution gouvernementale de lutte contre la cybercriminalité devrait disposer de plusieurs centaines d’employés au lieu des quelques dizaines seulement aujourd’hui.

Un autre symptôme de cette maladie française est la progression impressionnante, insupportable du Front National  dont les propositions démagogiques sont dangereuses pour la France.

Le Front National joue sur les peurs et les angoisses de notre temps pour grossir ses rangs, tout comme ses ancêtres avaient joué, dans les années 1930 et 1940, sur les peurs et les angoisses de la défaite.

Derrière un nettoyage de façade, c’est dans ce parti que l’on trouve les nostalgiques de Pétain, de Vichy et de leur idéologie.

Nous, Français juifs,  avons gardé un souvenir douloureux de cette période.

Nous devons être exemplaires et sans faille dans le rejet des héritières de Jean-Marie Le Pen.

Notre société est en souffrance. Il est urgent de  redonner de l’espoir à notre jeunesse.

Si les maux sont connus, les remèdes sont moins évidents. Nos pays voisins ont, tous, pourtant, montré leur capacité à changer, à casser les privilèges et les situations acquises.

Faut-il vraiment comme le pensait Raymond Aron attendre une révolution pour réaliser des changements dans notre pays ?

Il arrive aussi que des mesures soient annoncées mais, un an plus tard, ne sont toujours pas effectives. Je pense au passage dans le droit commun des délits racistes ou antisémites qui continuent de relever du droit sur la presse. De même, la publication au niveau national de toutes les condamnations pour racisme et antisémitisme n’est toujours pas réalisée.

Les forces rétives au changement sont nombreuses, y compris en matière de sécurité. Elles invoquent les principes, les droits de l’homme. Leurs considérations sont respectables, tout comme l’était le pacifisme des années 1930,  qui a empêché les démocraties de se protéger contre le nazisme quand il en était, peut-être, encore temps.

L’avenir que nous voulons offrir à notre jeunesse impose de trouver  des solutions  libérées des si regrettables, des si absurdes, des si passéistes clivages partisans ou religieux.

Monsieur le Premier ministre,  la France est le pays  où vit la plus grande population juive d’Europe, mais aussi la plus grande population d’origine arabe ou de confession musulmane.

Unissons nos efforts pour que cette diversité soit féconde et exemplaire !

 Les attentats frappent de nombreux pays. Parmi eux, il y a Israël, un pays ami de la France.

Les évolutions démographiques et le caractère à la fois juif et démocratique de l’Etat d’Israël imposent que soit trouvée une solution négociée de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

Je sais, nous le savons, il n’y a pas de désir plus ardent pour le peuple d’Israël que celui de vivre en paix avec ses voisins. Je ne doute pas que le peuple palestinien soit dans les mêmes dispositions.

Nul n’échappe aux critiques, et la démocratie israélienne est souvent sévère envers son gouvernement. Mais en France,  particulièrement à l’extrême gauche, mais pas seulement, Israël est souvent soumis à une grille de lecture déformante et injuste. On voit même d’anciens ambassadeurs de France appeler, sans vergogne, oui,  sans vergogne, à une coalition contre Israël !

Dans cette grille de lecture, on aime Israël en victime et on déteste Israël s’il se défend. L’assaillant qui commet une attaque au couteau en France est un terroriste. Si l’attaque a lieu en Israël, le terme de terroriste disparaît.

On fait d’Israël le Juif des nations, l’unique cible au monde d’un processus de dé- légitimation.

Cet antisionisme se fonde sur l’angélisation de la cause palestinienne et la diabolisation d’Israël.

Il n’y a qu’un pas de la détestation d’Israël à l’hostilité aux Français juifs.

Il a été franchi dans plusieurs manifestations où l’on a appelé aux meurtres des Juifs et qui se sont terminées par l’attaque de synagogues.

Les antisionistes se trompent d’ennemi !

Qui détruit la Syrie ? Qui a détruit la Libye, l’Irak ? Qui opprime les femmes, et les homosexuels ?

Pourquoi des Etats gorgés de richesses pétrolières maintiennent-ils des régimes féodaux au détriment des libertés ? Pourquoi n’accueillent-ils pas les migrants ?

Et faut-il vraiment que la France reçoive et couvre d’honneurs leurs dirigeants, et en tout premier lieu le Président de la République islamique d’Iran ?

Cette grille de lecture, la Commission de l’Union Européenne est, hélas, en train de l’adopter à l’encontre d’Israël. Elle a demandé aux Etats-membres l’étiquetage des produits en provenance de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan.

Cette demande est discriminatoire. Les régions du monde où il existe des contentieux territoriaux sont nombreuses, à commencer par le Tibet, ou la partie de Chypre occupée par la Turquie. Elles ne sont visées par aucune demande similaire.

L’étiquetage, c’est « petit joueur ». Si l’Union Européenne et la France veulent s’impliquer davantage dans la résolution du conflit israélo-palestinien, pourquoi s’attaquer à une seule des parties ?

Ne serait-il pas plus efficace, et l’Europe en a les moyens,  de promouvoir la démocratie palestinienne, et de veiller à une éducation qui rejette la haine de l’autre.

Et si on veut encourager le dialogue direct, n’est-il pas absurde de voir la France menacer qu’en cas d’échec du dialogue, on donnera raison à l’une des parties en reconnaissant l’état de Palestine?

Nos diplomates ne comprennent-ils pas  que, ce faisant, ils réduisent à néant l’incitation à vraiment négocier de chacune des deux parties ?

Au risque d’apparaître incongru, téméraire ou utopique, n’est-il pas plus fondamental de tenir compte des réalités du terrain ? L’une d’entre elles s’impose : Jérusalem est la capitale de l’Etat d’Israël. Pourquoi ne pas reconnaître cette évidence ?

Je veux parler maintenant d’un mouvement qui prétend défendre la cause palestinienne : le BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions.

Le BDS dispose de moyens humains fournis par l’extrême gauche, et de moyens financiers qui ont une forte odeur de pétrole et de gaz.

Regardons les choses en face. Le BDS a une activité illégale : le boycott est interdit par les articles 205-1 et 2 du code pénal.

Le BDS est injuste : Il frappe indistinctement tout Israël, universités, start-up,  oranges, et même le corps de ballet  Batsheva.

Le BDS est contre-productif : il contribue à la misère de ceux des Palestiniens qui vivent de leur coopération avec Israël.

Enfin, en qualifiant Israël d’Etat d’apartheid, le BDS veut le  ghettoïser, pour le faire disparaître.

Nous n’en voulons plus de ces manifestations, et autres pantomimes qui troublent l’ordre public.

 Monsieur le Premier ministre, le BDS doit être interdit. Vous avez toutes les raisons pour prononcer cette interdiction.

Monsieur le Premier ministre, je quitterai la présidence du CRIF dans quelques mois. C’est pour moi l’occasion non pas d’un inventaire de mes erreurs, d’autres, j’espère pas trop nombreux, le feront mieux que moi, mais plutôt d’une réflexion sur mon destin, sur celui de ma famille et sur celui de notre avenir collectif en tant que nation.

Je porte en moi le souvenir du petit Roger Fabre, que j’ai été, enfant de six ans caché chez les bonnes sœurs à Nice, pendant la deuxième guerre mondiale.

Je porte en moi le souvenir de mon père, ancien élève de Yeshiva en Pologne, qui s’était fâché avec Dieu à la suite de la Shoah, qui mettait un point d’honneur à manger le jour de Kippour, mais qui avait remplacé la pratique religieuse par l’amour de la culture Yiddish, et  par une immense fierté devant la renaissance de l’Etat d’Israël.

Je porte en moi le souvenir de mes grands- parents, que je n’ai jamais connus, disparus dans les tristes cendres du ciel de Treblinka. Et avec eux ont disparu plus de cinquante membres de ma famille, également gazés et brûlés.

Dans ma jeunesse je ne savais pas ce qu’était une personne âgée. Je le sais aujourd’hui. Dans mon enfance, j’étais menacé et devais me protéger des policiers qui raflaient les Juifs. Aujourd’hui, je suis à nouveau menacé mais ce sont les policiers qui me protègent, et ils ont toute ma reconnaissance.

Je porte en moi aussi l’héritage d’une longue tradition, celle d’un petit peuple qui a traversé tant d’épreuves, tant de persécutions, mais qui n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans l’évolution de la pensée, de la science et de la culture. Je ne résiste pas à la tentation téméraire et peut-être contestable de citer Jésus, Marx, et Einstein.

Nous sommes l’un  des très rares groupes humains qui ait réussi à préserver sa singularité à travers les siècles. Aujourd’hui, avec moins de 15 millions de Juifs dans le monde, nous sommes peu de chose !

Mais,  comme je l’ai proposé à l’ambassadeur de Chine, Juifs et Chinois, réunis, nous représentons près d’un quart de l’humanité !

Nous entendons ce message que la France sans les Juifs n’est pas la France.

Oui nous nous réjouissons que la France accueille un Finkielkraut parmi ses immortels.

Nous nous reconnaissons dans cette République, une et indivisible, qui permet à tous ses citoyens de s’épanouir dans la liberté, l’égalité et la fraternité.

La fraternité n’est pas un principe désincarné, elle est aussi une volonté.

Et je vois chaque jour avec fierté combien cette France que j’aime est en harmonie fusionnelle avec ses citoyens juifs, combien est palpable notre communauté de destin, et notre rapport à l’universel, à l’humanité !

Dans la guerre mondiale qui nous est aujourd’hui imposée, dans cette guerre qui a pour enjeux la liberté, et la dignité humaine,  je veux vous dire que j’ai confiance en notre victoire.

J’ai confiance parce que nous n’avons pas d’autre choix que de triompher du fanatisme islamiste, et parce que la France a toujours trouvé les ressources pour surmonter les pires épreuves.

 La France saura redevenir l’une des lumières du monde, l’un des pôles de la pensée universelle.

J’ai confiance en notre victoire et j’ai de l’espoir pour l’avenir de nos enfants parce que la France est généreuse et magnifique par son histoire, sa culture et sa diversité.

Oui, soyons confiants dans l’avenir de notre pays.

Vive la République, vive la France !

 

http://larchemag.fr/2016/03/08/2297/roger-cukierman-au-diner-du-crif-la-france-a-toujours-trouve-les-ressources-pour-surmonter-les-pires-epreuves/